Pierre Ellenberger
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Paroles des chansons de l'album "Pierre Chastellain chante Ellenberger & Thuillard"
Orchestration et direction musicale de Jacques Walmond  © 1979 - Suisa

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1. Affût.




Sous des paraphes de néon
Le soir dégraffe des vertiges ;
Entre l'orgueil et la raison
La vie a perdu son prestige.
Où que se porte le regard
Il y a la vitre et la fenêtre,
Les eaux dormantes des miroirs
Parlent de nous sans nous connaître.

Tout s'enchvêtre et se confond
Au branle-bas des paysages,
Feux de garrigue ou de passion
Le monde enflamme ses herbages.
Le cri saumâtre des hiboux
S'aiguise aux portes du silence
Et la nuit monte jusqu'à nous
Dans des cohortes de violence.

Repus d'attente et de repos
Nous n'avons plus que la patience ;
Guetteur à ton dernier créneau,
Voici le temps des vigilances.
Ecoute à travers le brouillard
Le chant de la terre qui tremble,
Ecoute mourir le hasard
Dans un remous qui nous ressemble.

Aux frémissements incertains
D'un jour levant sur les collines,
Papillon pâle du matin
Le goût de vivre s'envenime.
En ce lieu d'ombres et de lueurs
Où s'amenuisent les alarmes,
Moitié visage et moitié fleur
Le ciel a largué les amarres

Moitié visage et moitié fleur
Le ciel a largué les amarres.




2. Dans ce voyage immobile.



Dans ce voyage immobile
Qui vous mène au coeur de vous,
L'un à l'autre si fragile
La tendresse à vos genoux,
Vous inventez des partances
Par dessus le petit jour
Où les vagues du retour
Deviendraient vagues errantes
Pour toujours.
Le temps porte ses décombres
Jusqu'aux îles de la nuit ;
Voici l'ombre qui s'allonge
Sur vos têtes réunies.

Mieux que le vent qui s'attarde
Au-delà des frondaisons
Le tumulte d'être ensemble
Ebruitera vos saisons ;
Et le monde ouvre ses ailes
Au vertige d'un regard
Qui défie les miroirs
Et désarme les querelles
Pour toujours.
Le temps porte sans encombre
Les orages de la nuit
Voici l'ombre qui prolonge
Vos clameurs épanouies.

Après l'heure des alarmes
A travers les champs de blé,
Il se fera un vacarme
Dans le bleu de votre été ;
Et de complots en chamade
Idolâtres sans remord,
Le sang brûlera vos corps
Au galop de ses ruades
Pour toujours.
Le temps vient en contrebande
Rallonger toutes vos nuits ;
Voici l'ombre qui relance
Les amours endolories.

Et quand au gré des orages
Vous aurez connu le vent.
Vous irez vers ce village
Où surgissent des enfants ;
Auront-elles été si vaines
Les intrigues du hasard ?
Fermeront-elles dans le noir
Les regards qui se souviennent
Pour toujours ?
Le temps porte ses épines
Aux murmures de la nuit
Voici l'ombre qui s'incline
Sur vos ombres réunies.




3. Le temps d'hiver.



Quand déjà vive sur ses bords
La glace retient la rivière,
Quand le vent tourne ses sabords
Et largue mitraille aux fenêtres,
On sent venir le temps d'hiver.
L'air est enflé d'oiseaux criards
Qui tournent bas sur les pommiers,
Et jusqu'aux portes des bûchers
On voit des traces de renard.

A peine une caresse d'or
Parfois quand le soleil éclaire
Mais plus souvent semblant de mort
Plus dure que gelée en terre :
On est dedans le temps d'hiver.
De place en place un peu de houx
Verdit encore le sous-bois,
Et la mésange au bord du toit
Gigne les vitres de chez nous.

Roulant de gris en voiles noirs
Notre pays est d'un autre âge,
C'est à peine si le regard
Porte jusqu'au bout du village
Glissant comme le temps d'hiver.
C'est dans le clos de nos maisons
Que l'on attend venir la nuit,
Le temps s'écoule au ralenti,
Assis sur un feu de tisons.

Et vous les amis de plus loin
Que faites-vous ce soir en ville ?
Y a-il une chambre, un recoin,
Une veille un peu plus tranquille
Pour étouffer le temps d'hiver ?
Je sais que sans gagner raison
La vie demeure à son gré
Et que ce qui devrait changer
Ne s'occupe pas des saisons.












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© Tous droits réservés - Art & Co - 22 août 2005