Quand
déjà vive sur ses bords
La glace retient la rivière,
Quand le vent tourne ses sabords
Et largue mitraille aux fenêtres,
On sent venir le temps d'hiver.
L'air est enflé d'oiseaux criards
Qui tournent bas sur les pommiers,
Et jusqu'aux portes des bûchers
On voit des traces de renard.
A peine une caresse d'or
Parfois quand le soleil éclaire
Mais plus souvent semblant de mort
Plus dure que gelée en terre :
On est dedans le temps d'hiver.
De place en place un peu de houx
Verdit encore le sous-bois,
Et la mésange au bord du toit
Gigne les vitres de chez nous.
Roulant de gris en voiles noirs
Notre pays est d'un autre âge,
C'est à peine si le regard
Porte jusqu'au bout du village
Glissant comme le temps d'hiver.
C'est dans le clos de nos maisons
Que l'on attend venir la nuit,
Le temps s'écoule au ralenti,
Assis sur un feu de tisons.
Et vous les amis de plus loin
Que faites-vous ce soir en ville ?
Y a-il une chambre, un recoin,
Une veille un peu plus tranquille
Pour étouffer le temps d'hiver ?
Je sais que sans gagner raison
La vie demeure à son gré
Et que ce qui devrait changer
Ne s'occupe pas des saisons.