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Festival du Conte
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Nasma Al'Amir


Contes irakiens pour un autre regard.


L'Irak est souvent réduit à son dictateur et à ses guerres. Nasma AI'Amir, rencontrée lors d'une semaine culturelle contre l'occupation de l'Irak à Lausanne, propose un autre regard. Née à Bagdad d'un père irakien et d'une mère suisse, elle habite la Suisse depuis de nombreuses années. Elle est photographe et conteuse. Nous avons recueillis ses propos.


«L'Irak garde aujourd'hui beaucoup de traces matérielles de son passé. qui illustrent sa richesse culturelle. Mais l'Irak est également un berceau de l'oralité. C'est un centre d'origine pour les contes. Beaucoup de contes irakiens ont été repris dans les quatre coins du monde et à chaque fois refaçonnés à l'image des spécificités des régions d'accueil. Ils ont toujours eu une place centrale au sein de la société irakienne.»

«Des conteurs assurent la transmission orale du savoir, mais aussi de l'histoire. Habituellement, les contes sont racontés au sein de la famille, lors de grandes réunions. L'imaginaire collectif irakien s'est construit et se perpétue grâce à cette richesse.»

«Les messages délivrés par les contes sont très souvent positifs. Ils montrent une société irakienne ouverte sur les autres et tolérante. Nous voyons aussi que les Irakiens ont un excellent sens de l'humour et un amour pour l'autocritique. Plus étonnante et plus révélatrice encore est l'existence de contes irakiens féministes.»

«Ils permettent donc de casser les images négatives de l'Irak et d'apporter un regard nouveau et beaucoup plus positif. Ce qui s'est passé dans mon pays, et spécialement la perception de l'Irak aujourd'hui, m'ont incitée à revitaliser davantage cet héritage oral. Il constitue un excellent outil pour lutter contre les intégristes mais aussi contre la télévision et ses images de guerre.»

LES CONTES, MOYEN DE RÉSISTER

«Qu'il soit humoristique, tragique ou philosophique, le conte apporte toujours quelque chose. Il est thérapeutique et peut contribuer à réveiller les consciences. Il plonge dans les racines de l'humanité en soulevant les questionnements qui ont toujours habité les humains. Cela permet de revenir à des valeurs plus fondamentales et de contrer la superficialité et la passivité qui occupent une place trop grande dans nos sociétés. Je lutte contre la télévision. Elle endort les gens, le conte, en revanche, divertit et développe l'imaginaire.»

«En véhiculant des messages de tolérance, les contes permettent de combattre la violence, l'intolérance qui font partie de notre quotidien. Cet aspect concerne en particulier les enfants, c'est pourquoi je cherche à être en contact avec eux pour qu'ils puissent découvrir d'autres facettes du monde. Je veux leur donner assez tôt la possibilité du questionnement. C'est un peu ma manière de contribuer à un monde meilleur. Par exemple, je leur raconte des histoires originaires de sociétés déchirées par la guerre, pour que les enfants se détachent des images de violence et qu'ils comprennent que l'amour, la tolérance ou le respect existent également parmi les peuples en guerre.»

«Le conte est thérapeutique et peut contribuer à réveiller les consciences.»


Propos recueillis par Laurent Charlet.
Juin 2004, rubrique "DÉCOUVERTES" dans la revue "Solidaire"

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Les Contes d'un autre Irak

Portrait

Entre douceur et révolte.
Nasma Al'Amir conte
avec passion un autre Irak à travers la Romandie.

Carte d'identité : Nasma Al'Amir
Naissance  :      Un 21 janvier ... à Bagdad, de père irakien et de mère suisse.
Profession :       Artiste conteuse ...
Passions    :    
«Ma fille, la vie, la justice.»


Depuis plusieurs années, rares sont les jours qui ne voient les souffrances du peuple irakien figurer en première page des journaux de la planète. Plus de trente ans de dictature, dix ans d'embargo et trois guerres ont achevé d'associer le nom d'Irak à une terre de sang et de larmes, effaçant aux yeux de l'Occident six mille ans d'histoire. C'est pour lutter contre cette amnésie que les responsables de "l'Espace Guinguette" ont invité la conteuse Nasma Al'Amir à venir partager son amour du pays qui l'a vue naître, grandir, puis fuir à l'âge de 12 ans.
Un amour partagé entre la douceur des souvenirs d'une enfance privilégiée, dans le Bagdad d'avant-Saddam, et la révolte face au gâchis d'aujourd'hui.

Racines profondes.

Pour rappeler au monde l'infinie richesse de la culture mésopotamienne, berceau de civilisations, la Lausannoise d'adoption a choisi, en autodidacte passionnée, de s'armer de contes millénaires :

«Le conte permet de comprendre l'âme d'un peuple, car il transmet les valeurs de celui-ci. Il dit la richesse de sa culture et la manière dont les hommes se sont construits. A mes yeux, le conte a une vaIeur thérapeutique, il permet de lever le voile de l'obscurantisme.»

D'un inépuisable répertoire, qui plonge ses racines jusque dans les tablettes d'argile sumérienne, Nasma Al' Amir tire des histoires universelles et étonnamment modernes. Du souffle épique des antédiluviennes aventures de Gilgamesh aux comiques tribulations de Nasreddin, le "fou-sage", toute la palette des sentiments humains est abordée. Au travers de récits parfois sensuels, parfois violents, de contes mystiques soufis ou de surprenants manifestes féministes, elle dit un autre Irak, celui qu'elle aime et souhaite faire aimer.
Enveloppée d'encens et de pétales de roses, jouant sur le pouvoir d'évocation des "Mille et Une Nuits", elle invite jeunes et moins jeunes à un voyage. Non seulement entre Tigre et Euphrate, mais au coeur même de l'être humain, d'où qu'il soit.


Avec des mots susurrés pour arme, elle mène doucement mais avec détermination son combat contre l'ignorance. Car en ces temps troublés d'élections auxquelles elle ne croit pas une seule seconde, c'est dans la connaissance que Nasma Al'Amir puise ses espoirs pour ce pays et ses habitants :

«Le peuple irakien a la force de ses racines ... !
Il s'est toujours auto-suffi, et cela, on ne pourra pas le lui enlever.»



Marc Ismaîl

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Nasma AI-Amir photographe et conteuse
«Personne n'est à l'abri de la délation"


Entre tristesse et colère, Nasma a le souvenir d'une enfance libre et heureuse en Irak, du temps des premières années de Saddam, «avant que le pouvoir et la puissance conférés par les armes américaines ne lui montent à la tête».

Nasma AI'Amir vit en Suisse depuis plus de trente ans. Elle n'oublie pas pour autant le pays de son père où elle a passé son enfance ni sa famille qui survit dans une Bagdad livrée à la violence, au sexe et au vol, à tel point que ses habitants ne la reconnaissent plus.

Depuis des mois. chaque semaine est ponctuée par le téléphone du dimanche à sa tante. prendre des nouvelles, maintenir un fil ténu avec toute cette famille à laquelle Nasma n'ose toujours pas rendre visite.

" Je projetais d'y emmener ma fille à Noël, mais la mort dans une embuscade d'un ami irako-suisse qui avait fait le voyage en mai dernier m'en a dissuadée. C'est trop dangereux",

soupire-t-elle entre déception et colère, colère contre cette guerre, surtout lorsqu'elle songe aux motifs invoqués pour la conduire.

"Comment peut-on encore imaginer que l'armée américaine est intervenue pour sauver le peuple irakien de la dictature ? Un homme qu'ils ont eux-mêmes armé jusqu'aux dents, rendant ainsi impossible toute révolte populaire ! "

Les nouvelles hebdomadaires ne sont pas trop mauvaises puisque personne ne manque à l'appel dans cette famille «privilégiée par rapport à beaucoup, car elle avait des réserves financières».

Mais elles ne sont pas bonnes non plus. La vie à Bagdad aujourd'hui se résume à "patience et débrouillardise". Les gens sortent peu, les enfants ne vont à l'école que de temps en temps, «pour s'annoncer encore vivants», mais aucun cours n'y est dispensé.


«Ma tante passe son temps au téléphone pour avoir les bons plans d'approvisionnement du jour et organiser les achats avec des amis. On se conseille les horaires les plus sûrs, par exemple la tombée de la nuit. moment que les Américains consacrent au sexe aux yeux de tous, en rue, en voiture, dans les parcs ...».

« Les coupures incessantes d'électricité - deux heures de courant pour quatre heures de panne - handicapent toute activité à n'importe quel moment. Sans frigo ni ventilateur, par 45 degrés à l'ombre, constituer des réserves est impossible. Les Bagdadis n'ont guère de loisirs non plus et bien des soirées se passent au lit dans le noir à écouter la radio.»

Dans une cité où l'on aperçoit rarement la couleur du ciel assombri par la fumée du pétrole en feu, les habitants connaissent des problèmes respiratoires. Les bombes lâchées sur la ville ont largué des substances toxiques, nombreux sont ceux qui souffrent de conjonctivites à répétition, d'allergies cutanées ou d'un dysfonctionnement de la thyroïde. Seuls ceux qui en ont les moyens financiers peuvent se soigner.

«II règne un climat de terreur entretenu par des troupes d'occupation vivant elles-mêmes dans l'angoisse. Elles encouragent donc la délation en payant les renseignements. Personne n'est à l'abri d'une fausse dénonciation. Tant de gens ont besoin d'argent ... »

«A tout moment les soldats peuvent débarquer, des visites terriblement redoutées. Ils n'hésitent devant aucune humiliation, comme déshabiller les hommes devant leur mère ou belle-mère. Une situation terrible pour une population très pudique. Chez un oncle, ils ont emporté les bijoux, sans aucune explication.»

Et l'avenir ?

«Ils ne le voient simplement pas. Les femmes sont inquiètes. Elles vivaient dans un état laïc avec beaucoup de liberté et redoutent une prise de pouvoir des religieux.»

Une cause qui
tient à coeur Nasma la conteuse, emmenant volontiers son public dans la magie des "Mille et une Nuits" ou dans des textes irakiens du Moyen-âge «presque féministes».

Sa façon de dire ici que le machisme n'est ni arabe ni musulman et surtout que l'Irak peut rimer avec culture, rires et beauté.



Marie-Christine Pasche

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© 2006/05/19 - *Art & Co* - Nasma Al'Amir 
Articles compilés et adaptés.
Edition et rédaction :  *Art & Co*

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